La domination chez le chien : croyances et interprétations

« A l’aide, mon chien est dominant ! »

Chien dominant

Bien souvent, quand confrontés à un chien « à problème », propriétaires comme professionnels collent une étiquette de « chien dominant » sur l’animal. Mais qu’en est il vraiment ?

Cette notion, très répandue, a pourtant été largement démentie par les études les plus récentes, mais peine à disparaître. La domination interspécifique dans l’espace canine n’existe pourtant pas.

Domination interspécifique et intraspécifique

Cette croyance vient des éthologues de la deuxième moitié du 20éme siècle*, ces scientifiques qui observent les comportements normaux des animaux dans leur milieu naturel. Ils ont constaté, au sein de l’espèce canine au sens large (et notamment chez le loup), la mise en place d’une hiérarchie au sein d’un groupe d’individus, avec (de façon très simplifiée) un dominant et des dominés, cette hiérarchie étant variable et changeante…

Dans un groupe de chiens, on retrouve effectivement cette notion, tout ceux qui vivent ou ont vécu avec deux chiens ou plus s’en sont rendu compte. C’est la hiérarchisation intraspécifique, c’est à dire la mise en place d’une hiérarchie entre les membres d’une même espèce.

Là ou le bât blesse, c’est le raccourci qui a été pris par la suite, et cette hiérarchisation intraspécifique a été élargie à une hiérarchisation interspécifique, c’est à dire la mise en place d’une hiérarchie entre des individus appartenant à une espèce différente (et dans le cas qui nous concerne, entre chiens et humains).

C’est pourtant complétement faux, dans des conditions normales un chien ne hiérarchise pas plus avec un groupe d’humains qu’avec des canards ou des vaches (et oui, ça parait beaucoup plus absurde dit comme ça).

Mais pourtant, il existe des chiens dominant avec les humains ?

Oui, ça existe, mais c’est une anomalie et non un comportement normal de l’espèce canine. Si un chien cherche à dominer un humain (ou, dans de rares cas, une autre espèce), c’est qu’il y a une confusion d’espèce : le chien pense que l’humain est un chien, ou, à l’inverse, le chien pense qu’il est humain.

Cette confusion d’espèce peut être causée par plusieurs choses, et un éducateur canin comportementaliste pourra vous accompagner pour identifier et résoudre cette problématique. En général, cela est lié à une désorganisation des jeux, ou à des pratiques éducatives inadaptées (bien souvent visant à soumettre le chien, ce qui comme expliqué au dessus est un comportement qui ne doit exister… qu’entre chiens.)

Quelles sont les conséquences de cette confusion d’espèce ?

Il y a deux options :

  • Soit en apparence tout se passe bien, le chien vous a identifié comme « chef de meute », il est à l’écoute et vous obéit, mais d’une part cette relation n’est pas saine (un chien est naturellement coopérant, il est dommage de passer par la domination) et d’autre part, et c’est la le plus grand risque, il n’obéira pas forcément aussi bien à quelqu’un d’autre que vous, en particulier si cette personne est d’une constitution plus frêle (un enfant, une personne âgée…). Dans ce cas, le chien ne reconnaîtra pas forcément la légitimité de ce nouvel individu, et pourra même aller jusqu’à l’agressivité si celui ci cherche à se faire obéir.

Il ne faut pas non plus oublier que la hiérarchie n’est jamais figée, et que même vis à vis de son propriétaire elle peut se renverser…

  • Soit le chien ne vous reconnaît pas comme le « chef de meute », il y a un risque d’escalade conflictuelle avec le chien, qui peut avoir des conséquences dramatiques, le plus évidente étant l’agressivité, puis le passage à l’acte (morsure…).

Quelle est l’alternative ?

Une éducation basée sur la confiance et exploitant la nature coopérante du chien, renforçant la distinction entre l’espèce humaine et l’espèce canine.

On obtient alors un chien « bien dans ses pattes », éduqué sans violence ni agressivité, qui obéit parce qu’il a envie de coopérer, et qui est donc transférable à n’importe qui dès lors que les codes de communication utilisés sont communs. A titre d’exemple, ma chienne obéit même à de très jeunes enfants qui font la moitié de son poids…

*On peut citer notamment les travaux de L. David Mech, qui est à l’origine de la notion de chef de meute chez le loup, qui est lui même revenu sur ses propos en nuançant cette notion, et déplore son extrapolation aux interactions interspécifiques chez le chien…

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